La novella, entre la nouvelle et le roman

La novella entre la nouvelle et le roman

C'est une forme que beaucoup de lecteurs pratiquent sans jamais la nommer. L'Étranger, Le Vieil Homme et la Mer, La Ferme des animaux, La Métamorphose : ces textes que l'on range spontanément parmi les romans sont, par leur longueur et leur construction, des novellas.

Trop longue pour une nouvelle, trop courte pour un roman, la novella occupe un espace intermédiaire qui a longtemps été mal aimé des éditeurs français. Le numérique, l'audio et le retour des formats courts lui ont rendu une place, au point qu'elle est aujourd'hui l'un des terrains les plus intéressants pour un auteur qui débute.

Longueur d'une novella

Les repères les plus couramment admis situent la novella entre 20 000 et 40 000 mots, contre moins de 20 000 pour une nouvelle et plus de 50 000 pour un roman. Ces chiffres varient d'un éditeur à l'autre et d'un pays à l'autre, mais l'ordre de grandeur reste stable.

Réduire la novella à un compteur de mots serait pourtant une erreur. Ce qui la définit vraiment, c'est une architecture : une intrigue unique, un nombre limité de personnages, une durée resserrée, et une économie de moyens qui interdit les digressions. La longueur découle de cette construction, elle ne la précède pas.

Origine du mot novella

Le terme vient de l'italien novella, qui désignait à la Renaissance les récits brefs du Décaméron de Boccace. Il a ensuite été repris par la critique anglo-saxonne, où le mot novella s'est spécialisé pour nommer ce format intermédiaire.

Le français, lui, a longtemps hésité. On parle tantôt de novella, tantôt de roman court, parfois de récit. Cette hésitation lexicale explique en partie la discrétion du format dans l'édition francophone, alors même que la production ne manque pas.

Format de la novella

Plusieurs évolutions se sont conjuguées. La lecture numérique a supprimé la contrainte industrielle qui rendait le format peu rentable en papier : un fichier de trente mille mots ne coûte pas moins cher à fabriquer qu'un fichier de cent mille, mais il ne coûte pas plus non plus. Les liseuses et les applications ont donc rouvert la porte.

L'audio a fait le reste. Une novella se lit en deux heures, s'écoute en trois, tient dans un trajet ou une soirée. Les collections de littératures de l'imaginaire, en particulier, se sont emparées du format et l'ont installé auprès d'un large public.

Pour un auteur, l'intérêt est encore plus direct : c'est un projet que l'on peut terminer. Beaucoup de premiers romans meurent à mi-parcours ; une novella s'achève.

Un format longtemps mal aimé en France

L'édition francophone a longtemps tenu la novella à distance, pour des raisons plus industrielles que littéraires. Un volume de cent vingt pages coûte presque aussi cher à fabriquer, à diffuser et à mettre en place en librairie qu'un roman de trois cents, mais il se vend moins cher. Le format se retrouvait donc coincé entre deux rayons.

Le vocabulaire a suivi. Plutôt que d'assumer le terme, les maisons ont préféré parler de « roman court », voire de roman tout court : c'est ainsi que des textes de trente mille mots se retrouvent présentés comme des romans sur leur quatrième de couverture. Le lecteur français lit donc beaucoup de novellas sans le savoir.

Le monde anglo-saxon, lui, n'a jamais eu cette gêne. La novella y est une catégorie reconnue, dotée de ses propres prix littéraires et de collections identifiées, ce qui explique que la plupart des repères de longueur utilisés aujourd'hui en France viennent de là.

 

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